Chica Umino, du trèfle au lion…

Vacances de Toussaint obligent, je vous ai préparé un nombre conséquent d’articles pour cette semaine, avec comme objectif la publication d’un article tous les deux-trois jours. Alors oui, je vise haut, mais comme je suis d’humeur propice à l’écriture en ce moment, autant en profiter 😀

 Ce premier article est consacré à Chica Umino, une mangaka chère à mon cœur, dont la tonalité des oeuvres me semble particulièrement adaptée en cette saison d’automne, souvent propice à la mélancolie.

Il convient de commencer cet article par un aveu : je ne suis pas un grand amateur de shôjo manga. Ou plus exactement, il s’agit d’un genre dans lequel je ne trouve que rarement mon compte. J’ai ainsi toujours eu du mal à accrocher à certains sous-genres particuliers du shôjo : je lève souvent un sourcil interrogateur devant la plupart des magical girls (encore qu’il s’agit là d’un genre se destinant de plus en plus à un public masculin), et je reste parfois perplexe face à la plupart des romances en milieu scolaires (qu’il s’agisse de manga shônen ou shôjo d’ailleurs).

Je pense que si une bonne partie de la production shôjo peine à m’intéresser, ce n’est pas tant à cause d’un manque de sensibilité de ma part (il m’arrive au contraire fréquemment de verser quelques larmes devant des séries qui laissent d’autres spectateurs complètement de marbre), mais plutôt dans le fait que beaucoup de ces œuvres peinent en entrer en résonance avec mon vécu. Prenons un exemple, celui des comédies romantiques en milieu scolaire. En jetant un coup d’oeil aux derniers titres du genre qui m’ont intéressé, je me suis aperçu que si ces titres ont su me parler, c’est parce qu’ils contiennent des thèmes et situations susceptibles de faire écho un minimum à mon vécu ; or, de la même façon que je ne me sens souvent pas concerné par la situation d’un personnage masculin entouré d’un harem, je suis rarement interpellé par une jeune fille qui se met à rougir lorsque son crush amoureux daigne lui accorder un sourire.

De fait, les titres shôjo que j’ai réellement apprécié se comptent sur les doigts d’une main. Je voue par exemple un culte à Riyoko Ikeda pour la Rose de Versailles et pour d’autres titres (Très cher frère notamment). Ce qui ne m’empêche pas de lire et d’apprécier des titres plus récents ; j’ai ainsi pris beaucoup de plaisir avec des titres comme Kimi no todoke, Tonari no Kaibutsu-kun, Hotaru no Hikari, Kuragehime ou encore Reimei no Arcana.

Mais si il y a bien une mangaka dont les œuvre me mettent systématiquement d’accord, c’est bien Chica Umino. Chaque chapitre d’ Honey and clover ou de Sangatsu no Lion réussit tantôt à m’émouvoir jusqu’aux larmes, tantôt à me faire rire, tantôt à me plonger dans la mélancolie. S’il y a un adjectif qui qualifie parfaitement les œuvres de Chica umino à mon sens, c’est celui de bittersweet, doux-amer, tant celles ci réussissent à capter les joies simples mais aussi les petites tristesses qui font le sel de l’existence.

HONEY AND CLOVER

Comme beaucoup, j’ai découvert les œuvres de Chica Umino avec ce titre, qui est un pour moi un classique, qu’il s’agisse du manga original ou de son adaptation animée en deux saisons signée JC Staff.

Avec ses tons pastels, l’anime Honey and clover rend hommage de fort belle manière au travail original de Chica Umino.

Honey and clover, c’est l’histoire d’un groupe d’étudiants d’une école d’art : Yûta Takemoto, Takumi Mayama, Shinobu Morita, qui vivent dans le même immeuble décrépi. Leur quotidien est bouleversé par l’arrivée d’Hagumi Hanamoto (Hagu), puisque Morita et Takemoto tombent rapidement amoureux de ce petit bout de femme. Se forme alors un patchwork d’intrigues sentimentales au sein du groupe, auquel s’ajoute Ayumi Hamada, éperdument amoureuse de Mayama, ainsi que Shuuji Takemoto, le cousin et gardien d’Hagumi. Le manga s’attache à décrire le quotidien des étudiants, fait de débrouille, de sujets de fin d’études bouclés à la dernière minute, de doutes quand à leur avenir, de déceptions et d’espoirs amoureux…
Tour tour attachants, criants de vérité, extrêmement drôle, les personnages sont la plus grande réussite de Honey and Clover. Je parlais de résonance avec le vécu des lecteurs tout à l’heure, et une des plus grandes qualités du titre repose sur sa capacité à parler immédiatement aux étudiants amenés à le lire, tout en suscitant une envie irrépressible de retourner sur les bancs de la fac pour les autres lecteurs.

Morita, un de mes personnages préférés de H and C.

Honey and Clover est un véritable joyaux, et ce n’est pas par hasard si l’oeuvre a reçu le prix Kôdansha du meilleur shôjo manga en 2007. Le manga brille par sa qualité graphique (avec un dessin éthéré, et un design des personnages plus « rond » que dans la majorité de la production, particulièrement agréable) par son humour et ses dialogues (avec une mention spéciale pour les excentricités de Morita), mais aussi par son ambiance très douce. Ce qui n’empêche pas le manga de contenir certains moments tragiques, notamment lors des deux derniers volumes, particulièrement riches en émotion.

Honey and clover met en scène ses multiples romances de façon crédible et et sensible, et nul doute que beaucoup de lecteurs se surprendront à verser quelques larmes une fois le dernier tome achevé. Un grand titre, tout simplement, dont la version papier est de plus disponible dans son intégralité chez nous.

SANGATSU NO LION

Changement d’ambiance avec Sangatsu no Lion, publié depuis 2007 dans le magazine Young Animal au Japon, et malheureusement non traduit dans nos contrées…
Le manga raconte le quotidien de Rei Kiriyama, 17 ans, joueur professionnel de shôgi depuis le collège.  Le jeune homme présente un caractère taciturne et réservé, et peine à lier contact avec autrui; il doit cette attitude aux blessures de son enfance, puisqu’il a perdu ses parents lorsqu’il était très jeune, avant d’être recueilli dans une famille dont la vie entière semblait organisée autour du shôgi. Bien que particulièrement doué pour ce jeu, Rei finit par fuir cette famille où la la compétition contribue à pervertir le lien qu’il entretient avec ses frères et soeurs d’adoption ; il décide alors de vivre seul, et de consacrer sa vie au shôgi en devenant joueur professionnel. Bien qu’étant considéré comme une des étoiles montantes du milieu professionnel du shôgi, le jeune homme n’apprécie guère sa vie, faite d’entraînements incessants et de matchs desquels il ne retire aucun plaisir. Rei commence néanmoins à évoluer progressivement au contact des trois soeurs Kawamoto, puisque partager leur quotidien fait de petites joies et de choses simples lui permet de reprendre peu à peu goût à la vie…

Les soeurs Kawamoto (Akari, Hinata, Momo) auprès de qui Rei trouve un véritable foyer.

Sangatsu présente une atmosphère beaucoup plus mélancolique qu’Honey and clover : si le manga est loin d’être dépourvu de moments humoristiques, ces derniers se font souvent discrets devant les moments d’introspection de Rei. Contrairement au précédent titre de Chica Umino, qui était un manga chorale, dans lequel différents personnages se partageait la vedette, Sangatsu no lion adopte presque uniquement le point de vue de Rei. Ce qui n’empêche pas le manga de mettre en scène une galerie de personnages hauts en couleur et parfois complexes. Certains sont cocasses, à commencer par Nikaidô, rival et meilleur ami autoproclamé de Rei. D’autres n’ont pas été encore beaucoup aperçu à ce stade de l’histoire, mais sont particulièrement intrigants, comme le mystérieux Souya Touji (le meilleur joueur de shôgi du Japon) ou encore Gotou, l’ennemi juré de Rei…

Gotou, un personnage complexe derrière ses allures de méchant…

Contrairement à ce qu’on pourrait penser à la vue du synopsis, il n’est nullement nécessaire de connaître ou d’apprécier le shôgi pour prendre plaisir à lire Sangatsu. Plutôt que de décrire précisément les stratégies mises en oeuvre lors des parties, le récit insiste plutôt sur la personnalité et les motivations des différents joueurs rencontrés par Rei; au final, ce n’est jamais le récit qui est au service du jeu, mais bien l’inverse. Rei lui-même entretient un rapport paradoxal avec le shôgi, puisque le jeu apparaît comme une des sources de son mal-être : d’une part, celui-ci a empêché le jeune homme de retrouver de l’affection au sein de son foyer d’adoption. D’autre part, Rei redoute terriblement une éventuelle rétrogradation,qui peut à terme signifier la perte du seul domaine dans lequel il pense maîtriser sa vie. Enfin, Rei éprouve un dégoût prononcé pour lui-même lorsqu’il triomphe de ses adversaires, brisant ainsi leurs ambitions voire menaçant leur maintien dans le milieu professionnel. Une grande partie de l’histoire s’attache ainsi à décrire comment Rei tente de faire face à ces problèmes et va les résoudre progressivement (ou du moins on l’espère).

Chica Umino montre encore une fois ses talents en matière de construction de récit, alternant les moments d’émotion, les scènes d’introspection et les scènes touchantes avec brio. Le manga aborde avec beaucoup de sensibilité et de justesse des thèmes comme la dépression ou les liens familiaux, et les rapports entre les personnages sont particulièrement développés. La relation opposant Rei à sa soeur adoptive Kyouko apparait par exemple très complexe : cette dernière prend en effet un certain plaisir à tourmenter verbalement le jeune homme, mais derrière ce masque de cruauté se dégage tout de même une affection, certes discrète, mais présente.

La relation entre Rei et sa soeur adoptive Kyouko  constitue une des intrigues les plus intéressantes de Sangastu no lion.

Cerise sur le gâteau, le manga est une fois de plus particulièrement réussi sur le plan graphique : le trait de Chica Umino s’est encore bonifié depuis Honey and clover, et plus que jamais, les planches de la mangaka dégagent une atmosphère unique.

Vous l’aurez compris, Sangatsu no Lion est un véritable bijou, à la fois drôle, tendre, dramatique et intelligent, et je trouve réellement dommage qu’un manga de cet acabit ne soit pas publié en France. Si vous n’êtes pas trop effrayés par la langue de Shakespeare, je vous recommande vivement de vous tourner vers les scans-trads anglais et vers les trente chapitres disponibles au moment où j’écris ces lignes, tant il serait dommage de passer à côté d’un tel titre.

6 réflexions au sujet de « Chica Umino, du trèfle au lion… »

  1. Soran

    Très bel article, je te rejoins sur presque tous les points. Chica Umino est vraiment un auteur que j’apprécie beaucoup, elle a un trait propre à elle et non formaté comme beaucoup (c’est d’ailleurs pour ça qu’on la retrouve au chara design d’eden of the east) et sa narration est toujours prenante. Elle dépeint vraiment les jeunes avec brio et réalisme.

    Sinon entre Sangatsu et H&H je dois avouer préféré ce dernier. Peut être parce que l’oeuvre est terminée, ou alors parce que je me sens plus proche des protagonistes. Quoiqu’il en soit les deux titres sont excellents, et proposent des contenus différents, il serait vraiment dommage de passer à côté.

    Ah et puis pour Sangatsu, la relation Rei – Kyouko (et donc par extension Gotou) est vraiment pesante pour le lecteur, le dernier chapitre a fait son effet chez moi !

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    1. lockelam Auteur de l’article

      Tiens, c’est vrai que j’ai oublié d’évoquer le chara-desgn d’Eden of the east…Je me demande d’ailleurs si Chica Umino n’a pas influencé (au moins indirectement) le scénario de ce dernier, Akira me fait beaucoup penser à Morita de H&H…
      Quand à dégager un titre préféré entre les deux, c’est une question difficile…Je botte en touche, ils sont excellents tous les deux 😀

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  2. Silveda

    Je fais partie de ces quelques personnes qui n’ont pas réussi à accrocher à Honey & Clover, malgré la beauté du trait.

    En revanche, je ne peux qu’approuver pour Sangatsu no Lion. J’ai déjà eu l’occasion de vanter ailleurs les mérites de cette oeuvre d’une grande sensibilité. En tant que fleur bleue assumée, j’espère une fin joyeuse pour ce manga (Kyouko qui va mieux et s’en sort, le héros qui termine avec Akari, Gotou qui se fait botter les fesses une bonne fois pour toutes), mais j’y crois pas. 😦

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